La rubrique « La critique » s’ouvre maintenant à tous. Cette fois-ci, c’est Le Berty qui nous propose une très bonne critique du film « Le Moine ».



LE MOINE
De Dominik Moll.
Sortie le 13 juillet 2011
Avec Vincent Cassel, Déborah François, Joséphine Japy…


En ce temps là, j’avais vingt ans (et des poussières), j’étais dans une école de cinéma et je me gavais de brit pop à m’en faire péter les tympans. Et je vouais une admiration sans borne à Oscar Wilde (pas démentie depuis). La jolie rousse qui avait alors les faveurs de mon cœur s’était mis en tête de me faire découvrir un de ses livres de chevet. Toujours réfractaire à ce genre de manœuvre, c’est avec la plus grande méfiance que je me plongeais donc dans LE MOINE de Lewis, traduit par Artaud. Rapidement, je fus subjugué par la puissance du texte et la noirceur sans fond de l’histoire. En terme de roman gothique, voire horrifique, il faut dire que je commençais par le haut du panier. Le destin d’Ambrosio et sa lent mais inexorable chute se sont avérés captivant de bout en bout. Autant dire que la perspective de voir tout ça porté un jour à l’écran était plus que stimulante.

Il m’aura donc fallu attendre quasi vingt ans pour enfin pénétrer dans une salle obscure pour retrouver Ambrosio, le trouble Valério et la pure Antonia. Merci Dominik Moll. Enfin, merci il faut le dire vite. Car forcément, il y a déception à l’arrivée. Pas que le film soit mauvais en soi. Au contraire. Avec une économie de moyen remarquable, Moll parvient à instaurer un climat pesant à l’intérieur du couvent perdu dans le désert espagnol et écrasé par le soleil. Un plan sur un couloir obscur et l’inquiétude nous envahit. Son casting est dirigé de main de maître, tant Vincent Cassel, tout en retenue et rage intérieure, que la jeune Joséphine Japy qui personnifie admirablement l’amour virginal. Il y a bien quelques effets de mise en scène rappelant les bons vieux films de la Hammer et un musique un peu trop appuyée, mais l’ensemble fonctionne bien malgré un rythme tout sauf endiablé. Alors d’où vient cette impression de verre à moitié vide ?


Des souvenirs du roman bien sûr. Le film ne fait qu’effleurer la noirceur dans laquelle sombre Ambrosio. L’aspect gothique n’est pas assez présent et pour tout dire, l’ensemble est bien trop sage par rapport au matériau d’origine. Notamment la fin, entièrement simplifiée et revue, qui nous épargne les plus noirs aspects du moine en question. Certes, il n’était pas facile de rendre la réalité du texte de Lewis en image, mais ce n’aurait pas été impossible si Dominik Moll avait osé quelques partis pris radicaux et avait accepté de se couper d’une certaine frange de son public potentiel. En l’état, LE MOINE nage entre deux eaux. Et à travers le spectacle qu’il nous donne à voir, on devine le grand film qu’il aurait pu être. Dommage.

En résumé, il faut aller voir « Le Moine » pour :
– L’interprétation toujours sans faute de Vincent Cassel.
– Une ambiance gothique parfaitement maîtrisée et loin des fantaisies vampiriques en vogue.
– Une réalisation qui ne cherche pas la surenchère mais reste très efficace.

Mais, on peut ne pas aimer :
– Si on a adoré le roman de Lewis, l’ensemble reste trop sage et manque de force. Surtout la fin.
– Le rythme n’épargne pas quelques longueurs au spectateur.
– Certaines scènes fantasmatiques laissent entrevoir le potentiel inexploité du film. Frustrant.

Mon Buzz : 2,5/5






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BB

Créateur et Rédacteur de bbbuzz.fr. Fan de comics, je suis ce qu'on peut nommer un gros geek barbu.